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Posts Tagged ‘Définitions’

L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert se voulait un « bilan critique du savoir accumulé » et un « examen des efforts à faire pour rendre les connaissances utiles », dont l’objectif était de « proposer une nouvelle manière de penser et faire passer, qui cherche à lutter contre les préjugés et la tradition, de façon indirecte, notamment par le système des renvois », c’est-à-dire de fournir au public une information sérieuse et complète (source : dossier de référence d’Annie Feyfant). A l’inverse, le Grand dictionnaire universel du 19ème siècle de P. Larousse visait à une diffusion large et démocratique des savoirs, à destination d’un public moins cultivé, plus populaire (sous-entendu, que celui des encyclopédies précédentes). Avec l’apparition des versions sur CD-Rom, le lecteur est devenu éditeur de son encyclopédie (notamment par la possibilité de créer des dossiers thématiques), la contribution d’auteurs spécialisés dans leur domaine participant de la transmission d’un savoir (en tant qu’opposée à une simple information). Les encyclopédies collaboratives en ligne sont potentiellement écrites par des spécialistes comme des non-spécialistes et sont destinées à tout le monde, leur concept étant de permettre la participation et l’accès à tous, en tablant sur le contrôle collectif des internautes pour valider ou non l’information.

Le support déterminerait-il le contenu et les destinataires (réels ou supposés) de l’encyclopédie, du savoir ?

Bien sûr, l’expertise des auteurs et contributeurs ainsi que le contrôle éditorial permis par un nombre déterminé de participants à l’élaboration de l’encyclopédie valident en amont le savoir véhiculé (et l’on risque ici de rentrer dans le débat de la fiabilité de l’information, qui oppose les livres et Internet), que ce savoir soit vulgarisé ou destiné à des experts. Dans cette perspective, les publics visés par l’encyclopédie sont ceux qui correspondent à la nature du contenu proposé par les rédacteurs (publics « populaires » dans le cadre d’un ouvrage de vulgarisation, publics experts dans le cadre d’un ouvrage complet, spécialisé ou technique). Si cela est vrai pour les ouvrages papier, ça l’est aussi pour des tentatives d’encyclopédies en ligne faites par des experts et qui sont destinées à leurs pairs (cf. billets précédents sur le sujet). Cela étant dit, ces tentatives sont souvent soldées par des échecs, l’expertise et la spécialisation étant rares, donc chères, la participation n’étant pas rémunérée et les encyclopédies en ligne de ce type n’ayant pas une très bonne visibilité.

En ce qui concerne les encyclopédies destinées au « grand public », leurs contenus et leurs destinataires semblent pourtant dépendre (au moins en partie) du support d’inscription de la connaissance. Le public de l’encyclopédie en ligne est beaucoup plus large et plus nombreux que celui de l’encyclopédie papier. Consulter cette dernière présuppose en effet un capital culturel et une démarche qui sont certes en partie partagés du fait du passage par l’école, mais qui ne sont pas cultivés de manière égale, tandis que la consultation d’encyclopédies en ligne ne nécessite pas de démarche particulière de la part des internautes : les pages Wikipédia figurent bien souvent parmi les premiers résultats d’une recherche par mots-clés. De plus, la culture (le mythe) de l’accès instantané à l’information est le fait d’une population élargie. La démocratisation de la connaissance est passée de l’état d’idéal à celui de passage obligé ; les encyclopédies en ligne collaboratives s’inscrivent dans ce mouvement. Les contenus des encyclopédies « grand public » sont également tributaires de leur support. Les encyclopédies papier (par exemple l’encyclopédie Universalis) sont en effet rédigées par des experts qui vulgarisent plus ou moins le contenu, mais qui conservent à l’esprit la vocation encyclopédique de leur ouvrage (c’est-à-dire fiabilité et acessibilité du savoir), tandis que les contenus des encyclopédies « grand public » qui sont disponibles en ligne et collaboratives dépendent de ce grand public : c’est ce dernier qui rédige l’information qu’il connaît ou dont il a besoin. Les champs couverts et le degré d’expertise sont donc directement liés aux utilisateurs de l’encyclopédie. Autrement dit, l’information qui y est disponible peut être fiable et accessible (intellectuellement), mais ce n’est pas déterminé par le mode de rédaction ou les rédacteurs eux-mêmes.

Le contenu et le public d’une encyclopédie semblent donc en partie liés au support ; cette tendance semble être liée à la mise en ligne des savoirs, ou plus précisément à la création de ces savoirs en ligne.

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Dans une conception classique, l’encyclopédie se heurte à la limite du temps présent. En cela, elle serait opposable – et opposée – à la bibliothèque, qui serait un « point de départ », sans fin, à la connaissance.

OR…

Or les limites à la constitution d’une bibliothèque comme temple du savoir sans limite temporelle sont multiples : d’un point de vue cognitif, impossibilité de connaître et de rendre compte de l’intégralité des publications ; d’un point de vue financier, limitation des budgets d’acquisition ; d’un point de vue matériel, limitation du bâtiment, qui oblige au désherbage et (même !) au pilon, mais également de la durée de vie (plus ou moins) limitée des différents supports conservés et diffusés.

Or ne parle-t-on pas de bibliothèque encyclopédique ? (en tant qu’opposée à bibliothèque spécialisée)

Or ne parle-t-on pas d’Internet comme d’une gigantesque bibliothèque accessible à tous, n’importe où et n’importe quand ?

Or les « encyclopédies en ligne » font partie de cette gigantesque « bibliothèque » que constitue le réseau Internet…

Il semble vain de vouloir opposer ces deux sources de savoir, qui possèdent les mêmes limites : matérielles, financières et temporelles. La bibliothèque est en effet autant soumise au temps que l’encyclopédie : chaque bibliothèque est la photographie d’un état de connaissances à un instant T, tout comme l’encyclopédie. Certes la connaissance proposée en bibliothèque évolue avec les acquisitions, mais le projet encyclopédique ne s’arrête pas à la publication. En témoignent les rééditions…

L’encyclopédie et la bibliothèque ont le même dessein, la même perspective humaniste : apporter à l’homme un ensemble de connaissances, de pistes de réflexion, de réponses. L’encyclopédie est une petite bibliothèque, ou plutôt un état, une étape dans la constitution des connaissances que représente la bibliothèque.

Tout cela n’en devient que plus vrai avec les encyclopédies en ligne collaboratives ; les encyclopédies ne sont plus limitées dans le temps par la parution, et avec l’essor des bibliothèques numériques, ou électroniques, la frontière n’en devient que plus floue.

Dès lors, pourquoi chercher à définir, compartimenter, singulariser ? Si les définitions des bibliothèques et des encyclopédies tendent à se rejoindre, peut-être faut-il envisager de repenser l’un et l’autre selon ce nouvel éclairage ?

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Au fil des siècles, le mot « Encyclopédie » a pris différentes formes et plusieurs sens possibles. Encore aujourd’hui la notion est loin d’être épuisée. Essayons de nous pencher sur ces définitions:

– Le mot « Encyclopédie » apparaît au 16ème siècle et vient du grec « ekuklios paideia », littéralement: « instructions données à l’enfant » et « ce qui fait le tour ». Une volonté d’instruire et un savoir capable de faire le tour des connaissances (idée de cercle)

– Diderot et d’Alembert au 18ème siècle vont à travers leur Encyclopédie lui donner un autre sens: « l’ouvrage où on traite de toutes les connaissances humaines dans un ordre alphabétique ou méthodique ». Ces deux philosophes classent les idées en créant un ensemble de liaisons capable de lier les connaissances les unes avec les autres. On retrouve ici l’ancêtre des liens hypertextes qu’utilisent les encyclopédies numériques en ligne.

– Henri Meschonic apporte une vision intéressante de l’Encyclopédisme au sens où le 18ème siècle l’entend: Le savoir est vu comme un « cercle fini de connaissances ». La définition reste fichée dans le présent. L’Encyclopédie ne peut donc pas être envisagée comme un projet d’avenir. En est-il de même Aujourd’hui?

– Olivier Ertzscheid tout comme Henri Meschonic mettent en miroir la notion de Bibliothèque et celle d’Encyclopédie, dans la mesure où pour ces deux auteurs la Bibliothèque n’a pas de fin, elle supplante donc l’Encyclopédie voué à la finitude.

 

Les Encyclopédies numériques en ligne apportent-elles d’autres définitions nouvelles ou au contraire sont-elles à l’image des Encyclopédies papier?

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