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Archive for the ‘Publication encyclopédique’ Category

Certes, les encyclopédies en ligne collaboratives posent le problème de la définition de ce qu’est une encyclopédie, de l’encyclopédisme, ce concept pouvant être considéré comme étant remis en question par l’essor des encyclopédies collaboratives, qui posent le double problème de l’organisation des connaissances et de l’expertise (donc de la validation de l’information). En effet, l’apparition et le succès de ce phénomène sur Internet a entraîné une redéfinition de l’encyclopédisme dans la mesure où les modes de classement et d’organisation du savoir procèdent désormais de l’accès au document et de l’analyse de son contenu, et non plus l’inverse comme c’était le cas pour les encyclopédies sur papier. Mais se poser la question des encyclopédies numériques, et notamment des encyclopédies en ligne collaboratives, en terme d’opposition entre « vrai » et « faux » est une fausse question ; les encyclopédies en ligne collaboratives peuvent être perçues comme le signe de l’émergence d’une nouvelle forme d’encyclopédisme, ou comme une approche complémentaire des encyclopédies papier.

La redéfinition de l’encyclopédisme atteint son acmé avec le wiki, qui permet potentiellement l’intégration de savoirs individuels en savoirs collectifs (que ces derniers soient optimisés ou discutés). Sans faire l’apologie ni la détraction de cette technique, on peut remarquer le rapport nouveau au savoir qu’elle instaure chez le lecteur depuis sa reconnaissance et sa légitimation sociétales. La technique du wiki est liée à la notion d' »intelligence collective », qui mise sur la capacité des collectivités humaines à coopérer sur le plan intellectuel pour créer, innover, inventer. Les encyclopédies en ligne collaboratives ne sont qu’une facette de cette notion, mais elles sont une bonne illustration de la « déterritorialisation » qui instaure de nouveaux rapports à la connaissance et à l’encyclopédisme de manière plus générale. Ce sont donc des collectivités humaines vivantes, et non des savants, qui mettent en ligne des savoirs. Le nouvel encyclopédisme consiste donc dans le passage d’un encyclopédisme savant à un encyclopédisme d’usages ; il revient à chacun de tranformer un ensemble d’informations en savoir et en sagesse. Le principe du nouvel encyclopédisme est en effet de confronter la solitude du lecteur à l’échange possible de réflexions via les plates-formes des encyclopédies en ligne collaboratives et sa liberté avec celle des autres, la différence avec le papier résidant principalement dans l’inscription, la trace des échanges et l’absence de contraintes spatiales et temporelles pour la réalisation de ces mêmes échanges (la contrainte étant devenue technique). L’objectif de ces encyclopédies serait ainsi devenu l’autonomie du lecteur face à l’information, tout en s’inscrivant dans une logique commerciale de passeurs : ce sont les fournisseurs d’accès et les moteurs de recherche qui donnent accès aux portails de ces encyclopédies.

Ce serait toutefois oublier (ou simuler l’oubli) que, du point de vue de l’échange et de l’autonomie du lecteur, il n’y a pas de réelle différence avec l’encyclopédisme papier. Le changement se situe davantage dans l’accès, à la fois physique et intellectuel. L’accès physique aux encyclopédies en ligne collaboratives est soumis à des outils techniques, il dépend d’eux, tandis que l’accès physique aux encyclopédies papier est soumis à l’accessibilité des ouvrages et dépend de la démarche de l’individu qui cherche une information, une connaissance. Le second changement concerne l’accès intellectuel à l’encyclopédisme, soit la démarche adoptée et qui conduit à la consultation d’une encyclopédie. Il y a en effet une démarche sociale, intellectuelle et culturelle derrière la consultation d’une encyclopédie papier, démarche qui tend à être de moins en moins perçue comme telle en ce qui concerne l’utilisation d’Internet comme ressource informationnelle, du fait de la « démocratisation » de l’accès au réseau (et s’il y a ici mythe, il tend à être intériorisé par une partie croissante de la population, d’où sa reprise dans ce billet). Le changement ne concerne pas tant l’utilisation d' »invariants classificatoires » (présents dans les encyclopédies comme les bibliothèques) que la perception de l’encyclopédisme du fait de sa présence et de son extension sur le réseau. Et même, de son extension au réseau. Internet tend en effet de plus en plus à être perçu – et utilisé – comme une vaste encyclopédie ; c’est la projection mentale de l’utilisation systématique et systématisée de Google pour faire n’importe quelle opération sur le réseau. Cette perception est favorisée par la nature du réseau, qui permet – virtuellement – l’interconnexion de tous les documents qui y sont présents.

Cela dit, cette assimilation, plus ou moins consciente, du réseau Internet à une forme d’encyclopédie (à la nouvelle Encyclopédie ??) n’est pas sans poser quelques problèmes. Dès lors, le nouvel encyclopédisme repose en effet sur la dissolution de l’encyclopédie, non seulement comme objet, mais aussi comme concept, dans la mesure où sa nature est absorbée par l’interconnexion de réseaux électroniques et par la présentation matérielle des contenus : l’absence d’ordre alphabétique, d’ordre des idées ainsi que l’entrée par liens hypertextes entraîne la dispartition d’une lecture et d’un sens imposés. D’où la crainte de certains d’assister au déclin de la culture générale au profit de la multiplication de savoirs spécialisés, donc (?) réservés. Cette nouvelle manière d’appréhender à la fois l’encyclopédisme et les encyclopédies rendent nécessaire l’élaboration de nouveaux modes de recherche, appropriés au nouvel encyclopédisme, et surtout pertinents, dans la mesure où Internet, en tant que vaste encyclopédie, propose, sans qu’aucune sélection ne soit faite, ni qu’il y ait aucune organisation, la coexistence d’informations vraies et fausses, brutes et organisées, validées et invérifiées… C’est en cela qu’Internet et les encyclopédies en ligne collaboratives peuvent être remis en question par rapport à la problématique de l’encyclopédisme : il n’y a plus ou peu de rassemblement et d’enchaînement des connaissances, ce qui définissait initialement l’encyclopédisme.

En guise de conclusion, nécessairement provisoire sur ce vaste sujet, on peut s’interroger sur la nature de ce nouvel encyclopédisme : les réseaux interconnectés et les espaces virtuels sont-ils le point de départ, comme un type de discours, comme une idéologie le proclament, d’une démocratie cognitive, d’un accès universel aux savoirs ? Ou bien le nouvel encyclopédisme réside-t-il dans la communication (et non plus la critique) (auquel cas l’ensemble du Web 2.0, qui se fonde sur l’échange, le partage des données – donc potentiellement des savoirs – constituerait une encyclopédie) ? Ou bien faut-il refuser de sacrifier à une définition « traditionnelle » de l’encyclopédie ?

 

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