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Archive for the ‘Réflexions générales’ Category

 

 

Trois motivations peuvent sous-tendre l’usage d’une encyclopédie : la recherche d’information, « l’adhésion idéologique aux connaissances exposées », « la possession ostentatoire d’un savoir pouvoir sur les non-initiés ou non-usagers de l’encyclopédie » L’élaboration d’une encyclopédie est, quant à elle, sous-tendue par des motivations d’ordre social et politique. Contrôler l’accès aux savoirs et contrer un système de pensée en sont des applications. (source : dossier de référence d’Annie Feyfant)

Or admettre que la politique puisse intervenir dans l’élaboration d’une encyclopédie, c’est-à-dire dans l’élaboration d’une présentation ordonnée de l’ensemble des savoirs d’une époque, semble aller à l’encontre de l’esprit humaniste qui est au fondement de l’encyclopédisme. Néanmoins, il est vrai que l’ensemble de ces savoirs s’inscrit dans le contexte social, culturel, économique, historique, politique, géographique… de la société, du pays dans laquelle il est publié. Pour autant, l’encyclopédisme ne devrait-il pas tenter de s’affranchir de cette contextualisation ?

Certaines encyclopédies sont trop orientées dans ce rapport de pouvoir traduit par la représentation de la connaissance, ce qui a abouti à leur désaffection par une partie du public (telle la première version d’Encarta sur CD-Rom, qui était trop « Etats-Unis-centriste »), tandis que d’autres dérivent vers la primauté des considérations commerciales (comme Knol).

La neutralité serait-elle une utopie ? Ne peut-on pas imaginer un encyclopédisme « diplomatique », qui rétablirait les contacts et les espaces de communication entre les pays comme cela a été fait entre les disciplines ? Un encyclopédisme qui fonctionnerait sur le modèle de la République des lettres ? Ou serait-ce, là encore, le produit d’un contexte politique ?

Comment concilier, intellectuellement, politique et culture ?

(Il semblerait qu’il y ait là un autre point commun entre les encyclopédies et les bibliothèques… la différence étant tout de même la place des politiciens dans la hiérarchie des bibliothécaires : ce sont leur autorité de tutelle.)

Pas de réponse pour ce billet, qui reste un « brouillon »…

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L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert se voulait un « bilan critique du savoir accumulé » et un « examen des efforts à faire pour rendre les connaissances utiles », dont l’objectif était de « proposer une nouvelle manière de penser et faire passer, qui cherche à lutter contre les préjugés et la tradition, de façon indirecte, notamment par le système des renvois », c’est-à-dire de fournir au public une information sérieuse et complète (source : dossier de référence d’Annie Feyfant). A l’inverse, le Grand dictionnaire universel du 19ème siècle de P. Larousse visait à une diffusion large et démocratique des savoirs, à destination d’un public moins cultivé, plus populaire (sous-entendu, que celui des encyclopédies précédentes). Avec l’apparition des versions sur CD-Rom, le lecteur est devenu éditeur de son encyclopédie (notamment par la possibilité de créer des dossiers thématiques), la contribution d’auteurs spécialisés dans leur domaine participant de la transmission d’un savoir (en tant qu’opposée à une simple information). Les encyclopédies collaboratives en ligne sont potentiellement écrites par des spécialistes comme des non-spécialistes et sont destinées à tout le monde, leur concept étant de permettre la participation et l’accès à tous, en tablant sur le contrôle collectif des internautes pour valider ou non l’information.

Le support déterminerait-il le contenu et les destinataires (réels ou supposés) de l’encyclopédie, du savoir ?

Bien sûr, l’expertise des auteurs et contributeurs ainsi que le contrôle éditorial permis par un nombre déterminé de participants à l’élaboration de l’encyclopédie valident en amont le savoir véhiculé (et l’on risque ici de rentrer dans le débat de la fiabilité de l’information, qui oppose les livres et Internet), que ce savoir soit vulgarisé ou destiné à des experts. Dans cette perspective, les publics visés par l’encyclopédie sont ceux qui correspondent à la nature du contenu proposé par les rédacteurs (publics « populaires » dans le cadre d’un ouvrage de vulgarisation, publics experts dans le cadre d’un ouvrage complet, spécialisé ou technique). Si cela est vrai pour les ouvrages papier, ça l’est aussi pour des tentatives d’encyclopédies en ligne faites par des experts et qui sont destinées à leurs pairs (cf. billets précédents sur le sujet). Cela étant dit, ces tentatives sont souvent soldées par des échecs, l’expertise et la spécialisation étant rares, donc chères, la participation n’étant pas rémunérée et les encyclopédies en ligne de ce type n’ayant pas une très bonne visibilité.

En ce qui concerne les encyclopédies destinées au « grand public », leurs contenus et leurs destinataires semblent pourtant dépendre (au moins en partie) du support d’inscription de la connaissance. Le public de l’encyclopédie en ligne est beaucoup plus large et plus nombreux que celui de l’encyclopédie papier. Consulter cette dernière présuppose en effet un capital culturel et une démarche qui sont certes en partie partagés du fait du passage par l’école, mais qui ne sont pas cultivés de manière égale, tandis que la consultation d’encyclopédies en ligne ne nécessite pas de démarche particulière de la part des internautes : les pages Wikipédia figurent bien souvent parmi les premiers résultats d’une recherche par mots-clés. De plus, la culture (le mythe) de l’accès instantané à l’information est le fait d’une population élargie. La démocratisation de la connaissance est passée de l’état d’idéal à celui de passage obligé ; les encyclopédies en ligne collaboratives s’inscrivent dans ce mouvement. Les contenus des encyclopédies « grand public » sont également tributaires de leur support. Les encyclopédies papier (par exemple l’encyclopédie Universalis) sont en effet rédigées par des experts qui vulgarisent plus ou moins le contenu, mais qui conservent à l’esprit la vocation encyclopédique de leur ouvrage (c’est-à-dire fiabilité et acessibilité du savoir), tandis que les contenus des encyclopédies « grand public » qui sont disponibles en ligne et collaboratives dépendent de ce grand public : c’est ce dernier qui rédige l’information qu’il connaît ou dont il a besoin. Les champs couverts et le degré d’expertise sont donc directement liés aux utilisateurs de l’encyclopédie. Autrement dit, l’information qui y est disponible peut être fiable et accessible (intellectuellement), mais ce n’est pas déterminé par le mode de rédaction ou les rédacteurs eux-mêmes.

Le contenu et le public d’une encyclopédie semblent donc en partie liés au support ; cette tendance semble être liée à la mise en ligne des savoirs, ou plus précisément à la création de ces savoirs en ligne.

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Dans une conception classique, l’encyclopédie se heurte à la limite du temps présent. En cela, elle serait opposable – et opposée – à la bibliothèque, qui serait un « point de départ », sans fin, à la connaissance.

OR…

Or les limites à la constitution d’une bibliothèque comme temple du savoir sans limite temporelle sont multiples : d’un point de vue cognitif, impossibilité de connaître et de rendre compte de l’intégralité des publications ; d’un point de vue financier, limitation des budgets d’acquisition ; d’un point de vue matériel, limitation du bâtiment, qui oblige au désherbage et (même !) au pilon, mais également de la durée de vie (plus ou moins) limitée des différents supports conservés et diffusés.

Or ne parle-t-on pas de bibliothèque encyclopédique ? (en tant qu’opposée à bibliothèque spécialisée)

Or ne parle-t-on pas d’Internet comme d’une gigantesque bibliothèque accessible à tous, n’importe où et n’importe quand ?

Or les « encyclopédies en ligne » font partie de cette gigantesque « bibliothèque » que constitue le réseau Internet…

Il semble vain de vouloir opposer ces deux sources de savoir, qui possèdent les mêmes limites : matérielles, financières et temporelles. La bibliothèque est en effet autant soumise au temps que l’encyclopédie : chaque bibliothèque est la photographie d’un état de connaissances à un instant T, tout comme l’encyclopédie. Certes la connaissance proposée en bibliothèque évolue avec les acquisitions, mais le projet encyclopédique ne s’arrête pas à la publication. En témoignent les rééditions…

L’encyclopédie et la bibliothèque ont le même dessein, la même perspective humaniste : apporter à l’homme un ensemble de connaissances, de pistes de réflexion, de réponses. L’encyclopédie est une petite bibliothèque, ou plutôt un état, une étape dans la constitution des connaissances que représente la bibliothèque.

Tout cela n’en devient que plus vrai avec les encyclopédies en ligne collaboratives ; les encyclopédies ne sont plus limitées dans le temps par la parution, et avec l’essor des bibliothèques numériques, ou électroniques, la frontière n’en devient que plus floue.

Dès lors, pourquoi chercher à définir, compartimenter, singulariser ? Si les définitions des bibliothèques et des encyclopédies tendent à se rejoindre, peut-être faut-il envisager de repenser l’un et l’autre selon ce nouvel éclairage ?

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L’encyclopédie ne semble pouvoir s’inscrire que dans le présent, ne pouvant envisager de construction dans l’avenir. C’est, grossièrement schématisée, une des idées présentées dans le dossier de référence. Mais cette constatation ne nous semble pas être le propre de l’encyclopédie. N’est-ce pas, au contraire, le cas de tout ouvrage qui prétend à l’exactitude scientifique (et ici la science est élargie aux sciences sociales) ? La science, la « vérité », la vérité scientifique ne peuvent être prospectives, et la connaissance est toujours en construction, s’appuyant sur les savoirs acquis et les connaissances en train de se faire, en cours d’élaboration.

Ceci étant dit, l’introduction du numérique en ce qui concerne l’encyclopédisme apporte un changement majeur à cette temporalité nécessairement passée de l’encyclopédie (si l’on considère les délais entre la rédaction, l’impression et la publication, qui ne peuvent pas permettre que le contenu soit le reflet de l’état exact de l’avancée parallèle des connaissances) : les connaissances s’inscrivent véritablement dans le présent du savoir, en ce sens qu’elles sont potentiellement actualisables et visibles par tous au moment même où elles apparaissent. Bien sûr cette potentialité ne signifie pas qu’elle est nécessairement utilisée ou suivie d’effet, cependant il me semble que c’est là que réside la différence principale entre l’encyclopédie papier et l’encyclopédie numérique.

C’est le Web 2.0 qui permet cette immédiateté potentielle de l’actualisation et la visibilité des savoirs, donc cette introduction du temps véritablement présent dans la connaissance. On pourrait alors pousser le raisonnement jusqu’à la provocation. La mise en ligne d’informations fausses, erronées, partielles (et là ne sont pas considérés les motifs ni les objectifs de ceux qui agissent ainsi) ne participe-t-elle pas d’une construction des connaissances dans le futur ? Ces informations sont-elles espérées comme vraies, possibles, probables dans le futur ? Elles sont généralement rectifiées par des utilisateurs attentifs de ces encyclopédies 2.0, mais il convient de s’interroger sur leur signification du point de vue de ceux qui les introduisent (quand il ne s’agit pas simplement d’ignorance).

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A l’heure de la (supposée) démocratisation de l’accès à Internet, le savoir, la connaissance sont accessibles en ligne – ou du moins cette mythologie est ainsi véhiculée. Ainsi chaque individu peut apprendre, satisfaire sa curiosité, découvrir… « en ligne ».

Avant que cet outil ne se soit répandu dans la société, ses effets possibles et probables ont été pensés par différentes institutions, dans différentes perspectives. Un des objectifs du rapport d’Alain Cordier de 1999 sur « Le livre numérique, Internet et la pensée » (source : Communication et langages n° 122, 4ème trimestre 1999) était de déterminer dans quelle mesure l’introduction d’Internet, et son utilisation, sont susceptibles de modifier notre façon d’écrire et de penser. Ce rapport véhicule une partie des mythes liés à l’introduction d’Internet dans la société contemporaine, dont celui du lien hypertexte comme substitution de l’accumulation (de savoirs) à celle de l’acquisition, des logiques d’accès et de flux à celles de connaissance et de stock. Dans cet imaginaire collectif, le déterminisme technique est omniprésent : la machine fait l’homme (elle détermine ses modes de comportement et d’action).

Or penser ainsi revient à nier l’intérêt du lien hypertexte dans sa nature : celle de lier différents textes, de permettre une compréhension globale par la rupture de la linéarité (textuelle et pédagogique). C’était déjà une des perspectives de la mise en place du système des renvois dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

La pratique du lien hypertexte détermine donc ses effets ; la vertu ou le vice de l’hypertexte appartient au lecteur, au « surfeur », lui seul pouvant faire de cette technologie un instrument, un outil de réflexion, d’encyclopédisme par sa démarche intellectuelle de construction d’un savoir en mouvement.

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En dépit de ce que nous avions annoncé, nous avons décidé de changer d’orientation. Le document de référence rédigé par Annie Feyfant ne nous paraît pas apte à fonder une réflexion qui s’incrive dans la durée et qui nous permette de nous constituer une identité numérique propre.

Nous allons donc procéder différemment : d’une part, nous inspirer de divers documents pour retracer l’histoire des encyclopédies, papier et numérique, et d’autre part, réfléchir à leurs enjeux, aux problèmes ou questions qu’elles soulèvent à nos yeux.

Ceci étant dit, l’évolutivité de la réflexion permise par le format doit empêcher que ce billet ne soit confondu avec un programme. Nous voulons simplement préciser nos nouvelles orientations et présenter la manière dont nous percevons dorénavant l’utilisation de ce blog.

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